Moins de trois mois après son élection, le maire recule. Ses propres visuels de campagne —qui s’affichent encore sur les murs de l’ancien tabac de la mairie — promettent un centre-ville sans liaison au-dessus de l’avenue de l’Europe. C’est désormais pourtant acté : il y aura bien un pont ou une passerelle. Pourquoi ce changement ? Parce que Réveiller Sèvres a donné le tempo, en pointant l’aberration de couper la ville en deux, sans trait d’union entre les coteaux.
Une première victoire, mais la volonté de détruire le pont demeure, et notamment en raison des engagements pris sur l’occupation du futur marché, dont la taille dépendra du vote entre pont et passerelle. Nous apprenons que l’évêché a signé un protocole d’accord avec la ville visant à acquérir 167m2 au rez-de-chaussée du bâtiment, pour de nouvelles salles paroissiales qualifiées par le prêtre lui-même de « véritable outil d’évangélisation ». A la fin des messes de ce dimanche 31 mai, le prêtre invitait publiquement à bien lire l’article du bulletin paroissial, lequel incite à soutenir la démolition du pont.
Très prochainement, les Sévriens inscrits sur les listes électorales au 22 mars seront consultés. Un vote par correspondance avec deux options proposées : une passerelle mobilités douces ou le maintien du pont en l’état. Mais à ce jour, les annonces du maire soulèvent encore beaucoup de questions.
La loi est claire (article L1112-15 du Code général des collectivités territoriales) : toute consultation locale organisée par une mairie doit être décidée par une délibération du conseil municipal — et non un décret unilatéral du maire. Or les élus d’opposition n’ont pas été associés à l’élaboration du dispositif, pire, ils ont été informés par la vidéo publique.
Conséquence
Sans cadre légal, cette consultation n’a aucune valeur juridique. Son résultat ne lie ni la mairie, ni le département.
Non, du moins pas seul. La loi impose une enquête publique distincte (article L131-4 du code de la voirie routière) avant toute suppression d’ouvrage routier. Cette procédure, conduite devant un commissaire enquêteur indépendant, n’a pas encore été ouverte. Cette étape obligatoire reste à venir.
De plus, lors du conseil municipal du 3 avril 2026, il a été précisé que les élus voteront en septembre une résolution pour valider ou non l’avis de Sévriens.
En 2022, la Ville de Sèvres a commandé une étude de trafic au cabinet CDVia. Ses conclusions sont sans appel : sans réduction préalable de 20 % du trafic sur la RD407, il faudra compter 15 minutes supplémentaires chaque matin, des files d’attente rallongées de 400 à 600 mètres et plusieurs carrefours saturés.
Pour tenter de compenser, l’étude identifie une seule option crédible : passer à deux voies descendantes sur la RD407 entre la rue de l’Église et le rond-point. Un aménagement, qui permettrait selon CDVia de compenser la perte de capacité liée à la fermeture du pont et de retrouver un fonctionnement convenable du réseau routier — bus inclus. Mais quid de l’engorgement du rond-point ? Et ce seraient encore des places de stationnement supprimées.
Une étude jamais rendue publique ! Vous pouvez la consulter ici : Etude du trafic
Le maire a préféré commanditer une nouvelle étude qui sera, elle, transmise aux électeurs lors de la consultation.
Le bulletin propose deux options :
A — démolir le pont et le remplacer par une passerelle piétonne et cycliste
B — conserver le pont en l’état
Comme si la vraie question en B n’était pas conserver et rénover le pont. Le bons sens nous incline à préférer allouer une part du budget prévu à sa démolition (3,5 millions d’euros) pour l’habiller et l’embellir.
Les transports en commun, oubliés de la consultation.
Les lignes 469 et 426, ainsi que le petit bus local, empruntent aujourd’hui le pont. Une passerelle réservée aux piétons et aux vélos les détournerai. La mairie a-t-elle consulté Île-de-France Mobilités ? Quel nouveau tracé est prévu pour ces lignes ? Aucune information publique à ce jour.
La démolition du pont et ses aménagements connexes sont chiffrés à 3,5 millions d’euros HT. Le coût de construction d’une nouvelle passerelle s’y ajouterait — mais ce montant n’a pas été rendu public (*). Quelle sera la durée totale des travaux ? Quelles perturbations pour les riverains ? Ces informations sont absentes de tout document officiel accessible.
La pétition pour sauver le pont du 8 mai a déjà recueilli 1 547 signatures et le compteur tourne chaque jour.
Un message que la mairie ne peut se permettre d’ignorer. D’autant que c’est le seul moyen pour les citoyens des villes limitrophes, directement impactés, de s’exprimer sur le sujet.
(*) Lors du conseil municipal du 25 mai 2026 nous avons interrogé le maire sur le coût de cette passerelle. Quelle ne fût pas notre surprise d’obtenir une réponse, et quelle réponse : 2,5 M€ ! Qui se rajoutent aux 18,4 M€ financés par la ville et surtout qui mettent le cout de la destruction du pont à 6 M€ d’argent public !
