À première vue, on pourrait se réjouir de la situation financière de Sèvres. La Chambre régionale des comptes l’avait qualifiée de « saine » en 2019. Dans sa tribune du Sévrien de mai 2025, la majorité municipale nous ressort le même rapport et se félicite d’y voir saluée sa « recherche systématique d’économies ». Mais est-ce vraiment ce que l’on attend d’une municipalité ? Qu’elle rogne chaque année sur les dépenses de la ville pour dégager toujours plus d’excédents ?
A qui profite cet enrichissement progressif ?
Certainement pas aux associations dont les subventions baissent d’année en année. Pas aux familles dont la contribution aux services publics locaux augmente. Pas aux habitants de certains quartiers abandonnés, pas aux Sévriens de façon générale car la ville est de moins en moins sûre, de plus en plus sale, bruyante, les transports en communs y circulent mal, et les commerces ferment. Pas aux propriétaires fonciers non plus, puisque non content de baisser les dépenses, la municipalité a augmenté la taxe foncière en 2023, pour dégager toujours plus de profits.
En toute logique, les profits de fonctionnement obtenus chaque année par la municipalité (entre 9 et 10 millions d’euros) devraient se traduire par des investissements qui améliorent le cadre de vie des Sévriens. Mais qu’en est-il vraiment ?
Faut-il rappeler les travaux récents de la Roseraie (2,8 millions d’euros) qui, après avoir privé les Sévriens d’accès à ces espaces pendant presque un an, se révèlent totalement inadaptés.
Citons surtout le projet de rénovation du centre-ville lancé en 2016, qui n’en est toujours qu’au stade des études et images d’intention, et dont le budget déjà exorbitant à l’époque (30 millions d’euros) a bondi de 33% en quelques années à plus de 40 millions d’euros !!!
Tout ça nous est déjà bien connu. Mais la présentation en Conseil Municipal, au mois d’avril, du budget 2025 nous a réservé de nouvelles surprises !
Depuis 2023, la municipalité fournit, lors du vote du budget, un Plan pluriannuel d’investissement (PPI). De quoi s’agit-il ?
De nombreux travaux engagés par la ville — qu’il s’agisse de l’entretien des infrastructures existantes ou de la création de nouveaux équipements — s’étalent sur plusieurs années. Le PPI a pour objectif de planifier dans le temps les dépenses nécessaires pour mener ces projets à terme.
Le premier PPI de Sèvres a donc été présenté lors du budget 2023. Il recensait l’ensemble des projets déjà engagés mais non achevés, ainsi que ceux dont le lancement était prévu entre 2023 et 2026. Le voici :

Le 1er Plan Pluriannuel d’Investissement présenté par la majorité municipale pour le vote du budget 2023. L’année d’achèvement prévisionnel du projet est indiquée par un surlignage de couleur verte.
Le PPI présenté l’année suivante, avec le budget 2024, n’a manifestement pas fait l’objet d’un véritable travail de révision. Service minimum : les projets restaient les mêmes, la période couverte aussi (2023-2026), limitant l’exercice à une vision de trois ans seulement, alors que la recommandation est d’au moins cinq ans. Les échéances n’avaient pas évolué et les montants variaient très peu. Le total prévisionnel passait ainsi de 58,6 à 59,1 M€, soit une hausse de seulement 0,8 %.



Au final, A l’exception de la rénovation thermique de l’école Cotton, tous les projets coûtent beaucoup plus cher qu’en 2023. En moyenne, les budgets ont augmenté de 40 %. Concrètement, cela veut dire que pour réaliser les mêmes projets, la mairie devra dépenser 11,8 millions d’euros supplémentaires.
La plupart des projets sont également repoussés :
Aucune explication claire ne nous a été donnée sur les changements entre le PPI 2023 et celui de 2025. En conseil municipal, nos remarques sur les retards et la hausse des coûts ont été balayées d’un revers de main : « un PPI, ça évolue ».
Sur les augmentations de budgets, l’adjoint aux finances a reconnu ne pas avoir fait la comparaison (!), tout en jugeant ces augmentations normales à cause de « l’inflation des coûts des matériaux et des travaux publics ». Quant aux reports de projets, la justification avancée a été que « les budgets ne sont pas infinis » et que les services techniques ont une capacité limitée. Un constat évident, mais qui ne saurait masquer l’échec dans la gestion de ces projets.
Comment se fait-il, en effet, qu’en 2023 les délais aient été jugés réalistes, confirmés en 2024, et repoussés massivement en 2025 ? Comment croire, par ailleurs, que l’inflation suffise à justifier des augmentations de 30, 60 ou même 100 % en deux ans ? La réalité est inquiétante : sous cette municipalité, tous les projets voient délais de réalisation repoussés et leurs coûts s’envoler.
