
Le 14 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté une baisse conséquente de près de 5 milliards d’euros des subventions de l’Etat aux collectivités locales.
Un mois et demi plus tôt, le 27 novembre 2025, lors de la signature du contrat triennal de développement entre Sèvres et le Département des Hauts-de-Seine, à la mairie de Sèvres, le président du département, M. Siffredi s’inquiétait de ne pouvoir continuer à aider les villes à l’avenir.
La totalité de son discours a consisté à expliquer les difficultés financières qui attendaient le département. Rappelant que la dette de la France se montait à 3 400 milliards d’euros, il a indiqué que 60 départements étaient déjà en difficulté et que l’état avait décidé que les fonds nécessaires pour leur remise à flot (600 M€) seraient prélevés sur les départements sains, dont le nôtre. Il a parlé « d’effet ciseau » : baisse des recettes et augmentation des dépenses. Après avoir dit, sur un ton blagueur, « qu’il ne reprendrait pas les sous » du contrat qu’il signait avec Sèvres ce jour-là, il a répété 2 fois « Je ne sais plus comment faire ». Notons que l’article de 2 pages en page 6 du Sévrien de janvier 2026 ne dit rien des inquiétudes de M. Siffredi. Au contraire, on se félicite du montant obtenu en subventions d’investissement, 7 M€, dont nous découvrons à cette occasion que c’est le montant accordé à la plupart des communes du département. Rien sur les perspectives d’avenir développées par le Président du département. Rappelons que le département a co-financé un très grand nombre des projets réalisés à Sèvres ces dernières années : rénovation de la Galerie du théâtre, rénovation des écoles Gambetta, restauration de l’église Saint-Romain, végétalisation des cours Cotton, construction du nouveau local de la SUM, l’espace Séniors, travaux du SEL …Sa participation représente le plus souvent 50% du coût de ces projets. Le JAD quant à lui et la promenade des Jardins (9 M€) dont le maire sortant s’est si souvent vanté ont été entièrement financés par le département. La commune s’est contenté d’offrir le miroir d’eau.
Dans ce contexte grave d’économie budgétaire, est-il sérieux de s’obstiner sur un projet de déplacement de la halle de marché qui engage 40M€ HT d’argent public, la moitié venant de nos propres réserves ?
Nous pensons bien sûr que non. Depuis notre première campagne municipale, il y a six ans, nous n’avons cessé de militer pour un projet de rénovation du centre-ville de Sèvres beaucoup moins coûteux, plus simple, plus écologique qui serait achevé plus rapidement et génèrerait beaucoup moins de gêne pour les Sévriens. Car au-delà de l’enveloppe financière du projet du maire sortant, qui reste évidemment le point crucial, dans le contexte que nous connaissons, il y a aussi le délai de réalisation et la masse de travaux qu’il va générer, en un point névralgique de la ville. Je ne vais pas reprendre ici tout ce que j’ai déjà écrit dans ces colonnes. Lisez mon article d’avril 2025, dans lequel j’utilisais les images d’intention du propre projet du maire sortant pour montrer que des alternatives beaucoup moins longues et coûteuses existaient et qu’il n’était pas nécessaire de déplacer le marché et dépenser 40 M€ pour obtenir un résultat tout aussi satisfaisant. Lisez aussi mon article d’octobre 2023 où je montrais comment les nombreuses et coûteuses consultations publiques n’avaient servi à rien qu’à donner l’illusion d’une gouvernance démocratique, quand c’est en fait tout le contraire, et que le projet Coeur-de-Sèvres qui a été adopté en 2023 ne tient aucun compte des demandes des Sévriens. En résumé, voilà 12 ans que le maire actuel a été élu sur une proposition de rénovation ‘du centre-ville de Sèvres. Non seulement cette rénovation n’a pas eu lieu et le centre-ville a continué de se détériorer, mais on apprend maintenant dans son dernier tract de campagne qu’il se prépare, s’il est réélu, à lancer une nouvelle consultation ! Il est prêt, à l’approche des élections, à remettre en cause la destruction de la passerelle et proposer d’autres options. Et nous qui croyions, comme on nous l’avait rabâché depuis janvier 2024, que le projet avait été voté et qu’il n’était plus possible d’en changer. Bon allez, on vous a dit que vous auriez votre nouveau centre-ville en 2033. Vous pouvez rajouter encore deux ans… dans le meilleur des cas !
On vous a aussi dit que le projet coutait 40 millions d’euros, qu’il était « d’ores et déjà financé » et qu’il ne ferait pas appel à l’impôt. Sauf qu’on vous avait aussi promis lors d’élections précédentes qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôt, mais en 2023 la majorité municipale actuelle a voté une augmentation sensible de la taxe foncière. Cela a permis de dégager plus de profit de fonctionnement et d’alimenter nos ressources en investissement. Si vous voulez savoir à quoi servent ces surplus, consultez mon article sur le budget 2025. Est-ce qu’on vous a rappelé que lorsque vous avez été consultés pour la première fois en 2018, le budget du projet devait atteindre 30 M€ ? A l’époque ça nous semblait déjà exorbitant. Mais voilà, les coûts de la construction n’ont cessé d’augmenter. Est-ce qu’on vous a rappelé que tous les gros projets menés par la ville ces dernières années avaient vu leur budget exploser. Les prévisions budgétaires sont en dépassement systématique d’au moins 30%. Alors ce sera combien à l’arrivée : 40 , 50 M€ HT, plus ?

Que voit-on sur la première ligne des recettes : 2,388 M€ de recettes commerciales. Des recettes qui reposent sur la vente d’espaces commerciaux. Quand on sait qu’un quart des commerces de Sèvres est déjà fermé (cf mon article sur les fermetures de commerces à Sèvres) et que d’autres veulent partir, on peut s’interroger sur la fiabilité de ces recettes. Et cela d’autant plus que dans une première présentation du projet, le maire sortant n’avait pas hésité à tabler sur 4,5 M€ de recettes commerciales prévisionnelles ! Comme le budget total du projet a été revu à la baisse (de 43,8 M€ à 40 M€), il est revenu sur ses prévisions.
On vous dit aussi que la participation de la ville se monte à 18,4 millions d’euros.
Une autre voie plus responsable Ce que nous proposons donc depuis 6 ans c’est de rénover le marché à son emplacement et de reprendre tous les espaces autour en les végétalisant, en désimperméabilisant les sols et en les rendant conviviaux et attractifs.
Le Cœur de Sèvres se meurt. Les espaces ne sont pas accueillants. Les commerces agonisent. Renseignez-vous et vous verrez que beaucoup de ceux qui sont encore ouverts cherchent à revendre leur bail et partir. Il est absolument essentiel et critique de revenir à un projet simple qui puisse être réalisé rapidement et qui ne capte pas toutes les réserves financières de la ville.
Ce travail peut être entrepris en l’espace de 2 à 3 ans. Le marché Saint Romain serait d’abord rénové à son emplacement actuel. Cette rénovation devrait durer entre 12 et 18 mois et couter entre 3 et 4 M€ selon les choix architecturaux. L’espace libéré par la station d’essence pourrait recevoir les commerçants du marché sous des structures temporaires, le temps de cette rénovation. Voilà un exemple de ce qui pourrait être fait qui reprend les codes du SEL et instaure une cohérence architecturale au cœur de la ville.

Dans le même esprit, le pont du 8 mai 1945 ne serait non seulement pas supprimé, mais il pourrait lui aussi, être embelli et végétalisé dans le même style architectural

En l’espace de 2 à 3 ans, pour moins d’un tiers du coût du projet actuel, nous pouvons redonner vie et attractivité à notre ville.
Ce qui peut paraitre anecdotique pour certains nous paraît au contraire tout à fait essentiel. La revitalisation de notre centre-ville et la redynamisation économique de Sèvres doit s’appuyer sur l’identité et le patrimoine de Sèvres. Gustave Eiffel a habité Sèvres. Le quartier des Bruyères en témoigne avec le Parc Eiffel et l’avenue Eiffel. Utilisons sa notoriété. Le nom de notre ville et son patrimoine sont connus dans le monde entier, particulièrement pour la céramique de Sèvres et le bleu de Sèvres mais le centre-ville ne reflète pas cette histoire et ce prestige. Introduisons de la céramique et du bleu de Sèvres dans nos rénovations urbaines.

Le patrimoine offre à une ville ce qu’aucune opération d’urbanisme standardisée ne peut fabriquer : une singularité non reproductible. Cette singularité :
Une ville qui assume son identité attire davantage à la fois les habitants, les entreprises et le tourisme (totalement absent de Sèvres aujourd’hui). Valoriser notre patrimoine n’est pas qu’une opération de prestige et de dynamisme économique. Les enfants qui vivent dans une ville valorisant son patrimoine développent un sentiment d’appartenance, comprennent mieux l’histoire, la géographie et les arts. L’éducation se renforce lorsque la ville devient un “musée à ciel ouvert”. Cela renforce aussi le lien social intergénérationnel. La culture et le patrimoine créent des espaces de rencontre où se croisent enfants, familles, jeunes, seniors, nouveaux arrivants, habitants modestes et classes moyennes. Voilà, dans moins de deux mois, vous aurez le choix entre un projet pharaonique sans aucune vision, qui va enliser notre ville et hypothéquer notre avenir, ou bien la possibilité de faire grandir notre ville, de lui redonner la place et le rayonnement qu’elle mérite.
